Entrevistita à Soahanta De Oliveira

By jpe 2 mois ago

Gz) Qu’est-ce qui vous fatigue dans le milieu du tango?

Il n’y a pas grand-chose qui me fatigue dans le milieu du tango. Lorsque j’y suis, c’est que j’ai choisi d’y être, que j’ai envie d’y être… Ainsi je ne me lasse pas de ce milieu, bien au contraire, il est pour moi source d’inspiration, de plaisir, de mélancolie joyeuse, d’émerveillement parfois…
Je conçois les moments de tango (Milongas, partage d’une danse) comme des instants uniques, qui ne se répéteront pas. Ils sont fortement imprégnés par mon « état d’être » du moment.
Pour préserver la « magie » et un désir sans cesse renouvelé, je sélectionne les lieux de sortie et, en France, j’y ai souvent rendez-vous avec des amis.
Cette danse accueille et « embrasse » tout le monde, quel que soit son âge et son origine.
Il est dommage que tous lieux ne puissent pas favoriser la convivialité (manque de chaises, d’un endroit où discuter ou boire un verre entre amis…).
La qualité du son et des choix musicaux, me semblent être des éléments premiers à respecter. Toute l’atmosphère du bal et l’engagement véritable dans la danse en dépendent. Difficile de se laisser transporter, traverser par une musique où chaque instrument a son propre relief, si le son est mauvais.
Le DJ a également une énorme responsabilité, son métier très affûté consiste à jouer avec ses connaissances musicales (orchestres, styles, tempi…) le regard rivé sur la piste. Il fait entrer tout le monde dans la danse, et mène (comme un « chef de danse ») la soirée de bout en bout, à l’écoute de l’atmosphère générale.
Le tango argentin est enseigné dans des « cours » depuis peu de temps finalement (quelques dizaines d’années). Il a subi un découpage « analytique », « structurel » ou « technique » par des enseignants qui ont cherché avec bravoure une logique de transmission.
Si ces repères d’apprentissage sont mal digérés, mal compris et deviennent l’essentiel pour l’apprenant ou l’enseignant, on passe à côté de l’essence même du tango et de l’engagement corporel qui lui est propre et spécifique. Il s’ensuit une véritable méconnaissance, ou confusion, entre le plaisir du mouvement (qui est d’ordre gymnique, tout un chacun peut l’atteindre par la pratique du mouvement), et le plaisir de cette danse qui est d’une tout autre nature. Et de fait, on ne danse pas le tango, on … bouge.

 

Gz) Où et avec qui avez-vous découvert le milieu du tango?

J’ai sans doute vécu le tango depuis toujours…
Je danse depuis toujours, et c’est naturellement devenu mon métier. Mais d’abord dans un tout autre style, la danse classique.
J’ai le souvenir d’avoir entendu très jeune, les tangos que ma mère écoutait. Et… j’adorais!
A l’époque des « Trottoirs de Buenos Aires », à Paris, j’ai vu la revue des Folies Bergères mise en scène par Alfredo Arias. Et Gisela Graf Marino et Pablo Veron dansaient un sublime numéro de tangos.
Puis, il ne m’aura pas fallu beaucoup de temps, lors d’une visite au Latina (rue du Temple) avec un ami, pour décider : « je danserai le tango! ».
Ce fut chose faite quelques années plus tard quand j’ai rencontré un danseur de tango qui m’a aussitôt mis le pied à l’étrier.
Venant d’un milieu professionnel de danse, exigeant, sélectif, souvent dur … j’ai traversé l’apprentissage du tango avec joie, me laissant emporter par un souffle de renouveau nécessaire, qui a questionné tous mes automatismes acquis, pendant des années.
Je suis allée à Buenos Aires au bout de 2 ans, et depuis j’y séjourne 2 fois par an pour me nourrir, y puiser et apprendre ce qu’il y a de spécifique au contact de la communauté de danseurs.
J’y vais à la recherche de cet « abrazo » dans lequel chacun s’abandonne à une danse intime, partagée avec l’autre. J’y vais à la recherche de cette musicalité qui met en danse chacune des cellules des deux corps du couple, dans le partage d’un espace (la piste) qui danse à l’unisson.

 

Gz) Pour vous, où se joue l’avenir du tango?

Dans le monde entier, dans les milongas, qui vont continuer à se déployer partout!
Aujourd’hui le tango est une opportunité formidable, à la portée de tous. Il fait entrer dans une merveilleuse écoute de soi, de l’autre (le ou la partenaire de danse), des autres (les autres couples danseurs).
Au sein de ce microcosme, la milonga, on pourrait à chaque fois y goûter, y explorer toute l’humanité et l’humanisme nécessaires aujourd’hui. Par le partage, le respect, la bienveillance, la joie vécue par la danse…
Ces valeurs, le tango les porte… !

 

 

Gz) Un bon et un mauvais souvenir du tango?

Un bon souvenir : l’ivresse des débuts, immédiatement suivie de l’addiction des 3 premières années de pratique !

Un mauvais souvenir: au retour de mon second séjour à Buenos Aires, un « abrazo » retranscrit par un danseur que je ne connaissais pas, « tu es chaude ce soir » !

 

Gz) 3 tangos, 3 orchestres, 3 danseurs

Organito de la tarde, Tu íntimo secreto, Poema.
Di Sarli, Tanturi avec Castillo, Fresedo.
Aoniken Quiroga, Alejandra Martinián, Géraldine Rojas.

 

Gz- Quelle est la meilleure manière de terminer une Milonga?
Par la tanda de rêve!

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