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Entrevistita à Sigrid Van Tilbeurgh

By jpe 1 mois ago

Gz- Qu’est-ce qui vous fatigue dans le milieu du tango?

De manière générale, toute la partie visible du tango : le jeu sociale, les stratégies pour danser avec un tel ou un autre, l’égo sur-dimensionné pour se la jouer « j’assure » et/ou se la péter « tu vas voir ma belle/mon beau »…
Tout ce monde du paraitre est aux antipodes de ce qui me touche dans le tango : la pureté d’un abrazo sincère, une « mise à nue » des danseurs qui partagent un moment unique dans les profondeurs de l’intériorité, une entente et une compréhension de l’autre sans parole, un moment hors du temps, un moment de grâce où on ne résonne plus, comme en transe, là où la liberté commence…

Gz- Où et avec qui avez-vous découvert le milieu du tango?

J’ai toujours été attiré par la danse en couple. C’est d’ailleurs le « pas de deux » que je préfère dans un ballet. Mais je n’ai jamais eu la chance pendant les années de classique de pouvoir en fait. Les rares garçons de mes différentes écoles de danse étaient tous trop petits pour moi. Vers 15 ans, j’ai demandé à ma mère de faire de la danse de salon. Je voulais vraiment danser avec quelqu’un de l’autre sexe. Mais elle m’avait répondu que je faisais déjà beaucoup et plus ferait trop.
Puis, j’ai eu quelques contacte avec du tango, sans savoir que c’était du tango. Par exemple, vers 17 ans j’ai vu un film sur des réfugiés argentins à Paris qui voulaient monter une pièce de théâtre pour survivre. Je me rappelle avoir visionné tout le film (que je trouvais super ennuyant) just pour voir si le petit passage de tango – qui pour moi était catalogué : danse de couple – du début du film allait se répéter plus tard. Mais rien. Ensuite, j’ai visionné des cours de tango (15 ans plus tard, j’ai compris qu’il s’agissait des vidéos de Osvaldo Zotto et Mora Godoy), non pas pour apprendre mais j’attendais avec impatience les moments où ils dansaient ensemble.
Enfin, un jour, ma prof de danse classique m’a parlé d’une prof de tango argentin qui cherchait une salle pour ouvrir un cours tango argentin. Un soir était disponible pour elle dans notre école et du coup, ma prof de danse classique me dit : « je t’en parle car comme je sais que tu es passionnée par l’espagnol, la culture latino-américaine et la danse, peut-être que le tango te permettrait de réunir tes 3 passions dans une même chose. » Elle ne savait pas qu’il y avait un avant et un après cette phrase… Bref, j’ai démarré les cours, à raison d’un cours tous les 15 jours, sans savoir vraiment qu’est-ce que c’était, puisque la prof de tango Claire Prouhet, donnant les cours toute seule, elle n’avait pas pu nous faire de démo pour nous montrer et moi je n’avais pas encore compris que ce que j’avais assimilé à de la danse de couple en vidéo était en fait du tango argentin. Par contre, les dés étaient jetés : j’avais mordu, ou comme me disais ma prof, Claire : j’étais tombée dans la marmite.
Comme je n’ai pas eu besoin de chercher ce que je voulais faire ni trouver un cours, parfois, quand je raconte cette histoire et que j’ai envie de plaisanter en me la jouant à la P.V., je dis que le tango est venu à moi. 🙂
Désolée, c’était un peu long…

Gz- Pour vous, où se joue l’avenir du tango?
Il me semble que le tango à un grand avenir surtout s’il est employé pas seulement comme danse mais aussi comme moyen de développement personnel. Car le tango offre cette dimension absolument merveilleuse de pouvoir, à travers l’apprentissage de la danse, se « soigner » des blessures du passer et nous permettre d’avancer dans la vie de manière plus équilibré.
Je ne suis pas praticienne du Tango Thérapie, mais je n’ai jamais vu quelqu’un commencé le tango « par hasard ». Si on vient au tango, c’est parce qu’on a quelque chose à régler dans notre vie et que le tango nous permet de se confronter à ce noeud, souvent bien caché ou enfoui très profondément en nous. Parfois, on a besoin de 10 ans de danse pour conscientiser le pourquoi on fait/aime tant le tango argentin. Et puis ensuite, plus on plonge dans le tango, plus on s’enfonce dans sa propre introspection, plus on découvre des choses sur soi, plus on peut avancer, évoluer et notre danse évolue avec. Cela demande du temps et du travail sur tous les niveaux. Mais c’est un merveilleux cadeau que la vie nous donne de pouvoir avancer grâce au tango et faire avancer le tango en même temps.

 

Gz- Un bon et un mauvais souvenir du tango?
Un bon souvenir : je donnais un cours particulier à une dame. Il y avait un problème avec l’abrazo. Elle n’était pas vraiment dans mes bras, elle se laissait glisser sur le coté. Alors, je lui ai dis : « Prends ta place dans l’abrazo ». Je me suis étonnée moi-même des mots que j’employais car je n’utilise normalement jamais ces mots-là. Mais cette fois-là, cette formulation était sortie d’elle-même, comme ça, sans que je la contrôle ou que je la réfléchisse. Et au moment où je l’ai dis, j’ai vu dans les yeux de cette dame combien cette phrase avait tout son sens pour elle et pas seulement pour sa danse… Ça a été un moment magique, pas dans le sens de merveilleux mais dans le sens que c’est arrivé comme ça, sans effort et ça a changé les choses pour le mieux et à jamais.

Un mauvais souvenir : il y en a malheureusement beaucoup. Mais au lieu de les classer dans la case de « mauvais souvenirs », je préfère les classer dans la case de « apprentissage de la vie » ou « processus du développement de soi ». Ça me permet d’apprendre quelque chose d’une mauvaise situation et d’avoir un regard plus positif sur les aléas de la vie.
Sinon, pour répondre à la question, dans cette case viendrait se ranger mon expérience à Buenos Aires. Ça, c’était un sacré mauvais moment et ça a duré un an. Et pourtant, j’y ai appris beaucoup de chose. Dommage que ça s’est fait dans la douleur. Beaucoup de douleur… Je voulais tellement profiter de mon séjour à Buenos Aires que je ne me suis pas rendu compte combien j’étais mal dans ma peau, combien cette ville m’était insupportable, combien le milieu du tango là-bas était tout ce dont j’avais horreur… au moins en ce temps-là. Et moi au contraire, j’ai foncé tête baissée et bien sur, j’ai ramassée.

Gz- 3 tangos, 3 orchestres, 3 danseurs

« Uno », « Que falta me haces », « No te apures cara blanca »
Francisco Canaro, Osvaldo Pugliese, Carlos Di Sarli
Geraldine Rojas, Moira Castellano, Maria Filali

Gz- Quelle est la meilleure manière de terminer une Milonga?

a) Les pieds douloureux après avoir tant dansé
b) A la recherche d’une « after » pour continuer.
c) En allant prendre un petit déjeuner.
d) Avec quelqu’un
E) Autre, (précisez)

e : avoir la belle sensation d’être rempli, comme rassasié par tout ce qu’on a pu donner et recevoir.

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