Entrevistita à Richard Garrido

By jpe 1 mois ago

Gz) Qu’est-ce qui vous fatigue dans le milieu du tango ?
Fatigue, avec un F comme Frustration, je préfère parler de Frustrations
Le Tango, sa musique, son univers ses danseurs et danseuses, est une chose tellement extraordinaire, magique, ressourçant que je n’ai pas trop envie d’utiliser le mot « fatigue », les « fatigues » qui se génèrent de temps à autres, pour moi sont effacée aussi rapidement par tous les Bonheurs que nous offre le Tango en contrepartie.
Par contre, cette question est pour moi une invitation à exprimer ce que je ressent comme des Frustrations récurrentes, probablement liées à mon métier ( mes métiers) que je pratique depuis plus de 40 ans.
ces « frustrations » sont au nombre de 3 :
Le Son : la façon dont il est géré dans la plupart des événements et des Milongas et par de nombreux Tango DJ et organisateurs.
La place faite à la musique live et aux musiciens dans le monde du Tango (pas dans tous les pays)
L’Argent : Le Rapport à l’argent dans le monde du Tango Argentin.

Depuis 1977 je suis à la fois un professionnel du Son et un gestionnaire d’entreprises dans les métiers de l’Audio-Professionnel, de formation technique le tout mélangé d’un sérieux vernis musical ; même si j’ai toujours été mauvais élève et médiocre instrumentiste.
Surement que cette combinaison, Musique, Audio ; Gestion n’est pas étrangère à ces regards que je porte sur le milieu du Tango.

Le Son :
On ne danse pas sans musique, il y a quelque mois je m’entendais dire, « tu es excessif dans tes critiques des installations , et tu confonds le son et la musique » SIC
il suffit de revenir à la définition de Musique dans le dictionnaire pour se rendre compte que sans les sons, la musiques n’existerai pas, la qualité sonore est l’un des vecteur de l’émotion, un DJ renommé, répète dans ces séminaires : « …vous êtes là pour générer et transmettre des émotions… » parfait , alors, il serait temps dans le monde du Tango Argentin, au-delà des soit disant contraintes financières des uns et des autres de se rendre compte que la qualité de la diffusion sonore est un préambule à la transmission d’émotions.
La Place faite à la musique et aux musiciens
je citerai comme illustration caricaturale , la publicité d’une Milonga Parisienne, qui présente la chose suivante :
Entrée Milonga 8,00 €,
10,00 € l’entrée lorsque présence d’un Orchestre en live.
On continue ? je fais un compte d’exploitation en comptabilisant 80 entrés et on réparti les 160,00 € auprès des 3, 4, 5, 6 musiciens ? ou tout le monde a compris ?
Il m’arrive d’assurer la fonction de DJ quelque fois dans l’année, pour cela je joint ma passion à mes compétences professionnelles. Je me déplace avec une collection de 78 tours, et une régie son professionnelle , le tout représentant un investissement de plus de 10 000 €.
les deux dernières fois que l’on m’a demander d’animer une Milonga importante sur Paris, le tarif Horaire proposé entre le moment où je devais charger la voiture, et le moment où on remballais les équipement se montait à 7,80 € de l’heure. Cherchez l’erreur …
Au-delà de la logique économique, se pose la question du « respect », respect des compétences, respect de la valeur ajoutée, respect du travail et des connaissances de l’autre, respect de l’autre tout simplement.
Et encore une fois, sans Musique il n’y a pas de danse, et la Musique ce n’est pas une bactérie qui se développe seule par génération spontanée dans des fichiers MP3, la musique elle nait par les Musiciens avec les Musiciens.
A propos de MP3, ayant fait toute ma carrière dans les métiers de la musique et du son, oui, ça me fatigue de voir que la grande majorité de la musique diffusée dans les Milongas soit « chapardée » au prétexte que la fonction de Tango DJ est mal rémunérée, cela me sert de transition pour le point Numéro 3.

Le Rapport à l’argent dans les univers du Tango
Je préfère dire «les univers» que «le milieu» du Tango, car les logiques et fonctionnements ne sont pas les mêmes dans tous les pays, ni même dans toutes les associations.
Associé à mon formation en électro acoustique et à ma passion pour la musique, au fil des années, je suis devenus un entrepreneur puis gestionnaire d’entreprises.
De ce fait, c’est un peu pour moi comme une seconde nature de m’attarder à la fois sur les dimension marketing, sociale, culturelles et économique des choses qui nous entourent.
En préambule, j’ai envie de dire que «in finé», nous sommes dans une économie libérale qui réponds aux logiques de l’offre et de la demande, donc l’équilibre est ce qu’il est, et tous les participants en sont responsables tout du moins complices. Les univers du Tango ne semblent pas échapper à cette logique de marché.

Néanmoins, je saisi l’opportunité de cette «entrevista» pour dénoncer ce que je perçois comme un déséquilibre malsain dans le monde du Tango qui a mon humble avis ne contribues pas à une cohabitation harmonieuse de l’ensemble de ces participants.
Chaque chose a une valeur, les actions des êtres humains, ont aussi une valeur et un cout qui y est associé ( qu’il soit temporel, financier, énergétique ou émotionnel).
Lorsque je vois par exemple, la dimension des risques que prennent certains organisateurs de Festivals, qui brassant plus de 50 000 € sur un festival dont ils vont peut-être retirer 3 000 € de marge brute si tout va bien, ou peut-être y être de 15 000 € de leur poche…
Lorsque je vois que on propose 60 € à un Tango DJ, ou que l’on demande à un musicien de jouer gratis parce que c’est sa passion… c’est bien connu , une passion ça se ne rémunère pas, le passionné s’auto-rémunéré de sa passion, et les applaudissement le nourrissent suffisamment.
Pendant ce temps, les paires de chaussures (de fille) à 200 € virevoltent, et les couples argentins qui ne se déplacent pas à moins de 4000 € ( au black de préférence) sont régulièrement parmi nos festivals. Cherchez l’erreur !
Mais peut-être il n’y a pas d’erreur, c’est simplement la conséquence de l’offre et la demande. Après tout, pourquoi le monde du Tango échapperait aux implacables logiques du Marketing du libéralisme et de la mondialisation ?
Néanmoins, comme il est à la mode en politique de parler de la répartition des richesses, et des conséquences que cela induit, je renouvelle l’expression de ma frustration à l’analyse de la répartition des richesses et des flux d’argent dans le monde du Tango.

Gz) Où et avec qui avez-vous découvert le milieu du tango ?
De 1997 à 2003 , j’étais un fervent danseur de Salsa Portoricaine
En 2004, une amie, qui je pense faisait probablement à l’époque un amalgame entre toutes les danses « latines », m’invite à un spectacle au Théâtre des champs Elysées : Tango Passion.
Et là, comment dire… Plus fort que Bernadette Soubirous et son apparition dans la grotte.
c’est ça, c’est ça que je veux faire, c’est cette musique là que je veux entendre, exprimer ! c’est comme ça que je voudrais bouger !
Le lendemain, je cherchais un cours de Tango ( bon, là… je me suis planté, mais c’est une autre histoire).
Je demande votre indulgence, ne me jugez pas trop vite, même si je suis « rentré » par la porte du « Tango for export », quelque mois plus tard, j’ai bien compris que le Tango de scène et le Tango social que nous pratiquons en Milonga sont deux disciplines bien distinctes bien que les « passerelles » soient nombreuses et qu’on leur attribue le même nom de Tango.
Depuis ce moment, 15 ans bientôt, je ne cesse de découvrir les mondes du Tango et ces acteurs.
Séjours à Buenos Aires ? je ne sais plus, 12 ? 15 ? Chaque fois ponctuées de rencontres aussi formidables qu’inattendues.
Nommer ceux et celles dont le professionnalisme, la pertinence et la générosité ont ponctué mon apprentissage, est un exercice difficile car je vais en oublier beaucoup , mais en m’excusant par avance auprès de tous ceux qui ont compté je me dois de citer dans l’ordre d’apparition durant mes 14 années de Tango :
Louis Bruni, Eliana Sanchez, Ricardo Calvo, Sandra Messina, Gisela Passi, Gustavo Rosas, Ignacio Varchausky, Jorge Juanatey, Olga Besio.

Gz) Pour vous, où se joue l’avenir du tango ? 

Première réponse: Evidement, Partout dans le monde, bien au-delà de la région Rioplatense: Berlin, Paris, Tokyo, San Francisco, Taiwan, New York … pensez-vous qu’il existe beaucoup de villes au monde de plus de 1million d’habitant dans laquelle il n’existe pas une communauté Tanguera ?
Seconde réponse : l’avenir se joue à Buenos Aires, en ce sens que il faut à mon avis que Les « Porteños » se ressaisissent.
Je voyage beaucoup pour mes activités professionnelles à travers le monde, et j’ai la chance de pouvoir intercaler régulièrement quelque Milongas dans mes déplacements.
je fais aussi la connaissances des acteurs du monde du Tango que ce soit en Californie, en Asie, plus particulièrement au Japon, ou j’ai musicalisé en Juillet dernier un festival et animé un workshop de formation Technique de DJ.
La façon dont les asiatiques, notamment, s’approprient la culture Tango, tout en la respectant au plus haut point est impressionnante, qu’il s’agissent des musiciens, des danseurs, qu’ils soient enseignants ou juste pratiquants.
Lors de mes derniers déplacements, qui s’intercalaient avec deux séjours de longue durée à Buenos Aires, j’ai commencé à prendre conscience que un certains nombres de facteurs risquent de décentraliser l’avenir du Tango, et que Buenos Aires est entrain peut être de perdre sa magie , une partie de sa substance, même si pour des raisons socio culturelles et historiques B’s A’s restera à jamais la ville référente du Tango Rio Platense.
En vrac, un certain nombres de facteurs à risque pour B’s A’s :
La fuite ( temporaire ou permanente) de grand nombres de danseurs et danseuses qui s’installent de par le monde, afin de voir leur talents rétribués en devises fortes et stables à de meilleures conditions qu’en Argentine.
La qualité de vie, d’environnement, que les danseurs ou musiciens Argentins trouvent en Europe, aux USA ou au Japon , (certains justifient partiellement leur exil par les conditions d’insécurités qui règnent à B’s A’s), ne devrais pas leur faire oublier que sans leurs origines sans leur culture, voir sans leur passeports, ils ne seraient pas ce qu’ils sont.
La situation économique Argentine qui ne favorise pas la fréquentions des Milongas par les Argentins, ainsi que la surévaluation du Pesos qui freine le touriste Tango apporteur de devises qui contribue à l’économie Tanguera.
Tout cela pour dire qu’il ne faut pas que B’s A’s perde sa position de ville référente, ni de vivier du Tango, car la justification historique un jour ne suffira plus, c’est en ce sens que je dis, l’avenir du Tango va se jouer dans les 20 années à venir à Buenos Aires.

Gz) Un bon et un mauvais souvenir du tango?
Parmi les souvenirs les plus forts : m’être retrouvé quelques fois à deux ou trois mètres d’une file de 4 ou 5 bandonéonistes, cette énergie, cette puissance dans la subtilité, ces phrasés, cette harmonie, ces dynamiques, des grands moments d’émotions, dur de retenir ses larmes.
J’ai vu pendant des jeux Olympiques des sportifs écouter leur hymne national, figés dans l’émotion, je ne comprenais pas toujours, je comprends mieux. Peut-être que le Tango est ma Patrie ? et A Evaristo Carriego ma Marseillaise ?
Ces moment-là, ils effacent tous les autres moments au point que j’ai du mal me remémorer de mauvais souvenir.
S’il faut vraiment retrouver de mauvais souvenir, commençons par une anecdotes d’un bon moments qui à effacé a jamais des mauvais souvenirs, il y a trois ou quatre ans, une danseuse rate son dernier métro à vouloir partager une « Tanda » de plus avec moi, quelques heures après, j’apprenais qu’elle avait gagné avec son partenaire le « Mundial de Tango B’s A’s » au début de la décennie.
Quelques minutes comme cela permettent d’oublier définitivement, dans la catégorie mauvais souvenirs, les « Râteaux » accumulés au Chantier ou à la Dolce Vita auprès des Tangueras aux comportements « claniques ».

Gz- 3 Tangos / 3 orchestres / 3 danseurs
3 tangos : (que 3 c’est vraiment pas facile )… allez , on y vas quand même :
El Panuelito, Pugliese con Maciel
Temo (vals) OrquestaTipica Victor
Y Dicen que no te quiero : Anibal Troilo con Floreal Ruiz
3 orchestres :
Troilo, Di Sarli, Pugliese
3 Danseurs/seuses
Chicho Frumboli, Carlos Gavito, Ariadna Naveira

 

Gz- Quelle est la meilleure manière de terminer une Milonga ?

Choisissez :
a) Les pieds douloureux après avoir tant dansé
b) A la recherche d’une « after » pour continuer.
c) En allant prendre un petit déjeuner.
d) Avec quelqu’un
E) Autre, (précisez)

E)  Une fin de Tanda ou l’on se sépare sans un mot, avec un regard furtif et complice, le souffle coupé, après avoir fusionné pendant trois minutes, deux âmes, deux corps qui viennent de traduire en parfaite harmonie chaque nuance d’un Di Sarli-Podesta ou d’un Troilo-Ruiz.
il est bon de choisir ce moment comme la fin de la Milonga si le contexte et l’horaire s’y prêtent.

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